Un mirroir plein d'histoire

 J’ai dernièrement demandé à Réal Manseau si il avait des informations concernant la provenance du miroir du télescope de Georges Hamel qui est maintenant propriété du club. Je me doutais que le miroir était relativement ancien car quand je l’ai montré à Normand Fullum (Optique Fullum) en décembre, il m’a dit qu’il remontait probablement aux années 40 ou 50. Quel ne fut pas ma surprise quand Réal m’a annoncé que son origine remonterait au début du 20e siècle!

 Selon les archives de Réal, le miroir proviendrait d’un lot de quatre blocs de verre que le père jésuite Jean-Marie Garais de Montréal aurait acheté de la fabrique de verre optique Parra-Mantois au début des années 1900. Cette fabrique de verre était située à Croissy-sur-Seine à environ 15 km à l’ouest de Paris.


Artisan posant devant un bloc de verre autour de 1880


Il n'est pas clair si les quatre miroirs ont été poli par le père Garais lui-même, cependant il est certain que le père Garais a poli un miroir de 20 pouces à cette époque. En effet, un article de Scientific American de janvier 1903 nous apprends que le père Garais à construit un télescope de 20 pouces et qu’il a lui-même poli le miroir. Ce miroir pesait environ 150 lb et le tube mesurait 12 pieds de longueur. Selon l’article de Scientific American, le père Garais et son assistant, le père Foullety, ont appris la technique de polissage de miroir en consultant un article des supplément 581, 582 et 583 de la revue Scientific American de 1887. Toujours selon l’article de Scientific American, le père Garais aurait appris la technique pour déposer une couche réfléchissante d’argent sur les miroirs en consultant un ouvrage publié en 1884 par le chimiste français Louis-Joseph Troost (1825-1911).

Télescope du père Garais autour de 1903

 

Polissage du miroir de 20 pouces autour de 1903

Il est au aussi très intéressant de remarquer que notre miroir possède les mêmes encoches sur sa tranche que le miroir de 20 pouces du père Garais. Ces encoches servent à maintenir le miroir dans sa cellule à l’intérieur du télescope. En lisant l’article de Scientific American, je présume qu’elles ont été réalisées par le même outil (une roue en fonte de 4 pouces de diamètre) qui a servi à dégrossir les blocs de verres Parra-Mantois et faire le polissage grossier des miroirs.

 


Par la suite les miroirs auraient été remis ou vendu à M. Jean Naubert (1888-1968) de Montréal. M.Naubert a été membre de la Société Royale d’astronomie du Canada (SRAC) et il a participé à la fondation de la section francophone de Montréal de la SRAC en 1947. Cette section à plus tard pris le nom de Société d’astronomie de Montréal (SAM). En consultant l’historique de la SAM, ont peux confirmer que M. Naubert à poli quatre miroirs de 16 pouces. Il a également gagné le prix Clarence A. Chant de la SRAC en 1952 pour ses photos de la lune et pour ses talents de fabricant de télescopes.  M. Naubert a été le spécialiste en optique de la SAM durant la période 1947-1968. Un prix d’optique portant le nom de prix Naubert a d’ailleurs été remis par la SAM durant la période 1968-1985. Il est possible que M.Naubert ai appris la technique de polissage de miroir auprès du père Garais ou d’autres jésuites du collège Ste-Marie.

 M. Naubert a donné un de ses quatre miroirs à la SAM en 1957 pour la construction d’un observatoire. Le polissage de ce miroir n’était apparemment pas complété et c’est Pierre Beauchamp et Henri Simard de la SAM qui ont terminé le polissage en 1968 ou 1969. Selon les archives de Réal, un autre des miroirs de M.Naubert aurait été vendu à M. Paul-Henri Nadeau (1910-1990) de la section de Québec de la SRAC. La SAM a débuté la construction de son observatoire en 1976 à St-Valérien en Montérégie, mais la construction fut abandonnée quand le toit de l’observatoire a été arraché par le vent durant sa construction. Il n’est pas encore clair si le miroir que nous avons entre les mains provient de la SAM ou de M.Paul-Henri Nadeau. Nous avons perdu la trace des deux autres miroirs de M.Naubert.

 
M. Naubert sur le toit de son appartement de la rue St-Dominque à Montréal


 M. Georges Hamel a pris possession du miroir à la fin des années 70. À ce moment, il a décidé de faire corriger la figure optique du miroir et de le faire aluminiser aux États-Unis. Il a lui-même construit l’observatoire Deneb et le télescope qui ont hébergé le miroir durant 40 ans (1980-2020) .

 

Télescope de M. Georges Hamel


M. Hamel dans son observatoire du chemin Hemming à Drummondville


Notre miroir est maintenant entre les mains de Normand Fullum de chez Optique Fullum à Vaudreuil pour parfaire encore une fois sa figure optique et le réaluminiser. Lors de sa réception chez M.Fullum, la focale du miroir était de F5.85, pour un diamètre de 420mm. La précision optique était de lambda/2. L’objectif de M.Fullum est de l’amener à lambda/8 ou même lambda/10.


Notre miroir à sa réception chez M. Fullum en décembre 2020


Notre miroir à environs 120 ans d’histoire. Il a traversé l’Atlantique bien avant la première guerre mondiale. Il a été poli par des pionniers en soutane, il a été utilisé par des générations d’astronomes amateurs québécois. Nous avons vraiment une pièce historique entre les mains. C’est maintenant à nous de prendre soin de ce trésor et de le mettre en valeur.


Nicolas Gonthier

Président, Club d'astronomie Drummondville inc.

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